Culture & TraditionsCulture & Traditions
Le poitevin-saintongeais, langue d'oïl de l'Ouest The Poitevin-Saintongeais, an oïl language of western France
Le poitevin-saintongeais — que ses locuteurs appellent souvent le parlanjhe — est une langue d'oïl historiquement parlée sur un vaste territoire comprenant le Poitou, la Saintonge et l'Aunis, soit les actuels départements de la Vienne, des Deux-Sèvres, de la Vendée, de la Charente-Maritime et d'une partie de la Charente. Proche parent du français mais nettement distinct par sa phonologie, son vocabulaire et sa grammaire, il fut longtemps marginalisé avant de bénéficier, à partir de la seconde moitié du XXe siècle, d'efforts de documentation, de normalisation et de revitalisation portés par des associations militantes et des écrivains régionaux. Poitevin-Saintongeais — often called the parlanjhe by its speakers — is an oïl language historically spoken across a vast territory encompassing Poitou, Saintonge and Aunis, covering the present-day departments of Vienne, Deux-Sèvres, Vendée, Charente-Maritime and part of Charente. A close relative of French but markedly distinct in phonology, vocabulary and grammar, it was long marginalised before benefiting, from the second half of the twentieth century onwards, from efforts at documentation, standardisation and revitalisation led by activist associations and regional writers.
Une langue d'oïl entre Loire et GirondeAn oïl language between the Loire and the Gironde
Les langues d'oïl forment un ensemble de variétés romanes nées du latin parlé dans la moitié septentrionale de la Gaule. Le poitevin-saintongeais occupe, dans cet ensemble, une position méridionale et occidentale particulière : il constitue une zone de transition entre les langues d'oïl septentrionales — dont le francien, ancêtre du français standard — et les langues d'oc méridionales. Cette position géographique lui confère des traits originaux : certaines formes phonologiques et lexicales qui le rapprochent de l'occitan se mêlent à des structures grammaticales typiquement oïliques. La frontière entre langues d'oïl et langues d'oc passe d'ailleurs, selon les classifications, à quelques dizaines de kilomètres au sud du territoire poitevin-saintongeais.The oïl languages form a group of Romance varieties that developed from the Latin spoken in the northern half of Gaul. Within this group, Poitevin-Saintongeais occupies a particularly southern and western position: it constitutes a transitional zone between the northern oïl languages — including Francien, ancestor of standard French — and the southern oc languages. This geographical position gives it distinctive traits: certain phonological and lexical features that connect it to Occitan are mixed with grammatical structures that are typically oïl in character. The boundary between oïl and oc languages passes, depending on the classification, only a few dozen kilometres south of the Poitevin-Saintongeais territory.
L'ensemble du domaine poitevin-saintongeais recouvre un territoire immense à l'échelle des régions françaises. On distingue généralement plusieurs sous-ensembles dialectaux : le poitevin proprement dit, parlé dans la Vienne et les Deux-Sèvres et en partie en Vendée ; le saintongeais, propre à la Charente-Maritime et aux bordures de la Charente ; l'aunisien, centré sur le pays de Ré et les environs de La Rochelle, souvent considéré comme une variante du saintongeais. Ces variétés partagent un fonds commun important tout en présentant des différences phonologiques et lexicales réelles. La frontière linguistique avec le gallo à l'est de la Bretagne et du Maine, et avec les variétés berrichonnes et marchois à l'est du Poitou, dessine un espace romanophone d'une grande cohérence géolinguistique.The Poitevin-Saintongeais domain as a whole covers an immense territory by French regional standards. Several dialectal sub-groups are generally distinguished: Poitevin proper, spoken in Vienne and Deux-Sèvres and partly in Vendée; Saintongeais, native to Charente-Maritime and the edges of Charente; and Aunisian, centred on the pays de Ré and the area around La Rochelle, often regarded as a variant of Saintongeais. These varieties share a substantial common core while exhibiting genuine phonological and lexical differences. The linguistic boundary with Gallo to the east of Brittany and Maine, and with the Berrichon and Marchois varieties to the east of Poitou, delineates a Romance-speaking area of remarkable geolinguistic coherence.
Histoire de la langue : des origines médiévales au recul devant le françaisHistory of the language: from medieval origins to retreat before French
Comme toutes les langues romanes, le poitevin-saintongeais est issu du latin vulgaire parlé dans les provinces romaines de l'Ouest gaulois, mêlé progressivement au substrat gaulois et, dans une moindre mesure, aux apports germaniques des invasions du Ve siècle. Dès le Moyen Âge, des textes en dialecte poitevin attestent une langue littéraire et juridique distincte : des chartes rédigées en poitevin circulent dans les archives des grandes abbayes et des seigneuries du Poitou aux XIIIe et XIVe siècles. La puissance de la cour des ducs d'Aquitaine — dont Aliénor d'Aquitaine, duchesse de grande culture — favorisa un environnement favorable aux expressions vernaculaires entre Loire et Garonne. Le troubadour Guillaume IX, duc d'Aquitaine, ancêtre d'Aliénor, composa ses chansons en langue d'oc, mais le Poitou fut aussi un espace d'interactions entre les deux grandes familles linguistiques romanes.Like all Romance languages, Poitevin-Saintongeais derives from the Vulgar Latin spoken in the western Gaulish provinces, gradually mixed with the Gaulish substrate and, to a lesser extent, with the Germanic contributions of the fifth-century invasions. Already in the Middle Ages, texts in Poitevin dialect attest to a distinct literary and legal language: charters drawn up in Poitevin circulate in the archives of the great abbeys and lordships of Poitou in the thirteenth and fourteenth centuries. The power of the court of the dukes of Aquitaine — including Eleanor of Aquitaine, a duchess of great culture — fostered an environment favourable to vernacular expression between the Loire and the Garonne. The troubadour William IX, Duke of Aquitaine and Eleanor's ancestor, composed his songs in Occitan, but Poitou was also a space of interaction between the two great Romance linguistic families.
L'ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), qui imposa le français comme langue administrative unique du royaume de France, marqua le début d'un long recul du poitevin-saintongeais dans les domaines officiels et écrits. Ce recul s'accéléra avec la centralisation administrative des XVIIe et XVIIIe siècles, puis avec la politique d'instruction publique en français uniforme mise en place après la Révolution française. L'école républicaine du XIXe siècle, qui interdit longtemps les langues régionales dans ses classes, contribua à associer le parler local à la sphère privée et rurale, au détriment de sa transmission aux nouvelles générations. La période révolutionnaire elle-même vit dans les idiomes régionaux une menace à l'unité nationale, et des rapports comme celui de l'abbé Grégoire (1794) encouragèrent leur éradication au profit du français.The Edict of Villers-Cotterêts (1539), which imposed French as the sole administrative language of the kingdom of France, marked the beginning of a long retreat of Poitevin-Saintongeais from official and written domains. This retreat accelerated with the administrative centralisation of the seventeenth and eighteenth centuries, and then with the policy of public instruction in uniform French put in place after the French Revolution. The republican school of the nineteenth century, which long banned regional languages from its classrooms, contributed to associating local speech with the private and rural sphere, to the detriment of its transmission to new generations. The Revolutionary period itself viewed regional idioms as a threat to national unity, and reports such as that of Abbé Grégoire (1794) encouraged their eradication in favour of French.
Le poitevin-saintongeais dans la littérature anciennePoitevin-Saintongeais in early literature
Plusieurs écrivains et poètes de langue française dont l'origine poitevine est documentée ont intégré des éléments du parler local dans leurs œuvres. Joachim du Bellay (vers 1522–1560), né à Liré en Anjou mais issu d'une famille avec des attaches poitevines, est souvent cité pour la saveur populaire de certains de ses sonnets. Au XVIIe siècle, des auteurs comme Jean de La Fontaine, qui passa une partie de sa vie à Châtel-Censoir mais voyagea dans l'Ouest, perçurent la richesse des parlers régionaux. Plus directement, des textes de théâtre et de poésie en dialecte poitevin-saintongeais circulent dès le XVIIe siècle sous forme manuscrite ou imprimée. La littérature du Poitou a entretenu avec le parlanjhe un rapport complexe : tantôt le dialecte est restitué phonétiquement pour la couleur locale, tantôt il est intégré à la trame narrative comme signe d'authenticité terrienne.Several French-language writers and poets of documented Poitevin origin incorporated elements of local speech into their works. Joachim du Bellay (c.1522–1560), born at Liré in Anjou but from a family with Poitevin ties, is often cited for the popular flavour of certain of his sonnets. In the seventeenth century, authors such as Jean de La Fontaine, who spent part of his life at Châtel-Censoir but travelled in the west, perceived the richness of regional speech. More directly, theatrical texts and poetry in the Poitevin-Saintongeais dialect circulate from the seventeenth century onwards in manuscript or printed form. The literature of Poitou maintained a complex relationship with the parlanjhe: at times the dialect is reproduced phonetically for local colour, at others it is woven into the narrative fabric as a mark of rural authenticity.
Traits linguistiques : phonologie, grammaire et lexiqueLinguistic features: phonology, grammar and lexicon
Le poitevin-saintongeais se distingue du français standard par plusieurs traits phonologiques caractéristiques. L'un des plus frappants est l'amuïssement — c'est-à-dire la disparition — de certaines consonnes finales et intervocaliques que le français a conservées. On note également une tendance à la palatalisation de certaines consonnes et à la diphtongaison de voyelles ouvertes dans des positions accentuées. Les nasales se comportent différemment du français : des voyelles nasales de timbres distincts apparaissent là où le français unifie. À l'oral, le rythme et l'intonation propres au parlanjhe sont immédiatement perceptibles pour une oreille habituée au français standard, ce qui explique que les locuteurs du poitevin-saintongeais aient souvent été identifiés à leur accent même dans les périodes de fort recul de la langue.Poitevin-Saintongeais is distinguished from standard French by several characteristic phonological features. One of the most striking is the elision — that is, the disappearance — of certain final and intervocalic consonants that French has retained. There is also a tendency towards palatalisation of certain consonants and towards diphthongisation of open vowels in stressed positions. Nasal consonants behave differently from French: nasal vowels with distinct timbres appear where French unifies. In speech, the rhythm and intonation particular to the parlanjhe are immediately perceptible to an ear accustomed to standard French, which explains why speakers of Poitevin-Saintongeais have often been identified by their accent even during periods when the language was heavily in retreat.
Sur le plan grammatical, le poitevin-saintongeais conserve certaines structures archaïques que le français a abandonnées. L'usage des articles et des pronoms présente des formes propres : le pronom sujet de la troisième personne du singulier masculin peut prendre des formes différentes de celles du français standard selon les sous-variétés. La conjugaison verbale offre des terminaisons particulières, notamment à l'imparfait et au subjonctif. Les traditions orales du Poitou, transmises par les conteurs et les chanteurs populaires, ont longtemps constitué le principal vecteur de conservation de ces traits grammaticaux dans une société de plus en plus alphabétisée en français.Grammatically, Poitevin-Saintongeais preserves certain archaic structures that French has abandoned. The use of articles and pronouns presents distinctive forms: the third-person singular masculine subject pronoun can take forms different from those of standard French, depending on the sub-variety. Verbal conjugation offers distinctive endings, particularly in the imperfect and the subjunctive. The oral traditions of Poitou, transmitted by storytellers and popular singers, long constituted the main vehicle for preserving these grammatical features in a society increasingly literate in French.
Vocabulaire : des mots poitevins-saintongeais bien attestésVocabulary: well-attested Poitevin-Saintongeais words
| Mot poitevin-saintongeaisPoitevin-Saintongeais word | Équivalent françaisFrench equivalent | Traduction anglaiseEnglish translation | NotesNotes |
|---|---|---|---|
| drôledrôle | enfant, gaminchild, kid | childchild | Très répandu dans tout le domaine ; survit dans le français régional de l'OuestWidespread across the domain; survives in regional French of the West |
| mojhette (ou moujhette)mojhette (or moujhette) | haricot (demi-sec ou sec)bean (semi-dried or dried) | beanbean | Terme passé dans la gastronomie régionale ; la mojhette de Vendée est un produit identitaireTerm adopted into regional gastronomy; the Vendée mojhette is a flagship local product |
| lumaluma | escargotsnail | snailsnail | Attesté dans les parlers saintongeais et poitevin ; courant dans les expressions culinaires localesAttested in Saintongeais and Poitevin speech; common in local culinary expressions |
| asteureasteure | maintenant, à présentnow, at present | nownow | De à cette heure ; bien attesté dans de nombreux parlers d'oïl de l'OuestFrom à cette heure ('at this hour'); well attested across western oïl varieties |
| garochergarocher | lancer, jeterto throw, to fling | to throwto throw | Employé dans les parlers poitevin et vendéen ; attesté depuis le Moyen ÂgeUsed in Poitevin and Vendean speech; attested since the Middle Ages |
| mojhemojhe | mouchefly (insect) | flyfly | Montre la palatalisation du groupe -sch- typique du domaineIllustrates the palatalisation of the -sch- cluster typical of the domain |
| ningleningle | perche (longue tige servant à guider une barque)pole (long staff used to punt a boat) | punt polepunt pole | Terme lié à la culture maraîchine du Marais PoitevinTerm linked to the maraîchin culture of the Marais Poitevin |
| boudineboudine | nombrilnavel, belly button | navelnavel | Terme populaire bien attesté dans les parlers du domainePopular term well attested across the domain's varieties |
Dialecte ou langue ? Le débat et la dénominationDialect or language? The debate and the naming question
La question de savoir si le poitevin-saintongeais est un « dialecte » du français ou une « langue » distincte est à la fois linguistique et politique. Linguistiquement, la distinction entre langue et dialecte est conventionnelle : le degré de différenciation par rapport au français standard est suffisant pour que de nombreux linguistes le traitent comme une langue à part entière au sein de la famille d'oïl. Sociologiquement, la dénomination importe : appeler un parler « dialecte » dans le contexte français du XXe siècle revenait souvent à le réduire à une forme dégradée du français, une manière de parler « mal le français ». Les militants de la revitalisation ont délibérément choisi la désignation de « langue » pour réaffirmer la légitimité du parlanjhe et revendiquer pour lui les droits attachés aux langues minoritaires en Europe.Whether Poitevin-Saintongeais is a 'dialect' of French or a distinct 'language' is simultaneously a linguistic and a political question. Linguistically, the distinction between language and dialect is conventional: the degree of differentiation from standard French is sufficient for many linguists to treat it as a language in its own right within the oïl family. Sociologically, the naming matters: calling a variety a 'dialect' in the French context of the twentieth century often amounted to reducing it to a degraded form of French, a way of 'speaking French badly'. Revitalisation activists deliberately chose the designation 'language' to reassert the legitimacy of the parlanjhe and claim for it the rights attached to minority languages in Europe.
Le statut officiel du poitevin-saintongeais en France a été fluctuant et reste débattu. La liste des langues de France établie par la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) l'a inclus dans certaines versions, mais sa place dans les politiques publiques demeure marginale. La loi Deixonne de 1951, qui ouvrit une première brèche en faveur des langues régionales dans l'enseignement, ne visait pas les langues d'oïl, que certains considéraient trop proches du français pour mériter un enseignement séparé. Cette asymétrie entre la reconnaissance accordée au breton, à l'alsacien ou à l'occitan d'une part, et celle accordée aux langues d'oïl d'autre part, est l'une des revendications centrales des associations poitevin-saintongeaises.The official status of Poitevin-Saintongeais in France has been inconsistent and remains contested. The list of langues de France drawn up by the Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) has included it in some versions, but its place in public policy remains marginal. The Deixonne Law of 1951, which opened a first breach in favour of regional languages in education, did not target the oïl languages, which some considered too close to French to merit separate instruction. This asymmetry between the recognition accorded to Breton, Alsatian or Occitan on the one hand, and that accorded to the oïl languages on the other, is one of the central grievances of Poitevin-Saintongeais associations.
« Le parlanjhe, c'est pas du patois, c'est une langue à part entière, avec ses règles, sa grammaire et sa littérature propres. »"The parlanjhe is not a patois — it is a language in its own right, with its own rules, its own grammar and its own literature."
L'influence du poitevin-saintongeais sur le français régionalThe influence of Poitevin-Saintongeais on regional French
Même dans les régions où le parlanjhe a pratiquement cessé d'être transmis comme langue première, son influence sur le français régional parlé en Poitou et en Saintonge reste perceptible. Des traits phonologiques — tendance à l'amuïssement de certains sons, intonation particulière — se sont maintenus dans les accents locaux. Plusieurs mots poitevin-saintongeais ont été intégrés dans le français parlé de la région, parfois sans que leurs locuteurs aient conscience de leur origine dialectale : le mot mojhette pour désigner le haricot demi-sec, le terme drôle pour enfant ou garçon, ou encore l'adverbe asteure pour « maintenant » persistent dans des contextes familiaux ou ruraux. La gastronomie poitevine a conservé plusieurs dénominations en parlanjhe pour ses produits traditionnels, renforçant la présence symbolique de la langue dans la vie quotidienne.Even in areas where the parlanjhe has practically ceased to be transmitted as a first language, its influence on the regional French spoken in Poitou and Saintonge remains perceptible. Phonological features — a tendency to elide certain sounds, a distinctive intonation — have survived in local accents. Several Poitevin-Saintongeais words have been integrated into the spoken French of the region, sometimes without speakers being aware of their dialectal origin: the word mojhette for semi-dried bean, the term drôle for child or boy, and the adverb asteure for 'now' persist in family or rural contexts. The gastronomy of Poitou has preserved several parlanjhe names for its traditional products, reinforcing the symbolic presence of the language in everyday life.
Les personnages célèbres nés en Poitou ou en Saintonge illustrent, pour certains, cette empreinte linguistique. Des écrivains du XIXe et du XXe siècle originaires de la région ont témoigné de l'influence du parlanjhe dans leurs premiers apprentissages ou dans leur perception du monde. La figure de René Caillié, explorateur né à Mauzé-sur-le-Mignon dans les Deux-Sèvres, ou celle de l'écrivain René Bazin, qui décrivit les campagnes de l'Anjou et du Poitou, illustrent des milieux culturels où le français cohabitait avec les parlers locaux. La culture des marais a été particulièrement fertile en vocabulaire spécifique lié au paysage aquatique, aux pratiques agricoles et à la navigation à la perche.Famous figures born in Poitou or Saintonge illustrate, for some, this linguistic imprint. Writers of the nineteenth and twentieth centuries originating from the region attested to the influence of the parlanjhe in their early learning or in their perception of the world. The figure of René Caillié, explorer born at Mauzé-sur-le-Mignon in Deux-Sèvres, and that of the writer René Bazin, who described the countryside of Anjou and Poitou, illustrate cultural milieus where French coexisted with local speech. The culture of the marshes has been particularly fertile in specific vocabulary related to the aquatic landscape, agricultural practices and pole navigation.
La revitalisation : associations, signalétique et écriture contemporaineRevitalisation: associations, signage and contemporary writing
À partir des années 1960 et 1970, dans le sillage des mouvements régionalistes qui traversèrent l'ensemble de l'Europe occidentale, des militants et des universitaires commencèrent à documenter systématiquement le poitevin-saintongeais. Des travaux dialectologiques sérieux furent conduits, notamment par des chercheurs de l'Université de Poitiers et des dialectologues bénévoles, qui aboutirent à des enquêtes de terrain, des dictionnaires et des grammaires. La normalisation graphique fut l'un des enjeux majeurs : comment écrire une langue qui avait eu très peu de tradition scripturale unifiée ? Plusieurs systèmes concurrents furent proposés, et les débats entre les tenants de graphies différentes restent vifs aujourd'hui encore.From the 1960s and 1970s onwards, in the wake of the regionalist movements that swept western Europe, activists and academics began systematically documenting Poitevin-Saintongeais. Serious dialectological work was carried out, notably by researchers at the University of Poitiers and volunteer dialectologists, resulting in field surveys, dictionaries and grammars. Orthographic standardisation was one of the key issues: how to write a language that had had very little unified scriptural tradition? Several competing systems were proposed, and debates between advocates of different spellings remain lively to this day.
Des associations comme Graule (Groupement pour la revitalisation et l'usage de la langue et de l'ethnologie) et Arantèle ont joué un rôle essentiel dans la collecte de témoignages oraux, l'organisation de cours, la publication de revues et la promotion de la langue dans l'espace public. Des initiatives de signalétique bilingue français/parlanjhe ont été mises en œuvre dans plusieurs communes du Poitou, de la Vendée et de la Charente-Maritime, rendant la langue visible aux habitants et aux visiteurs. Des spectacles de musique et de théâtre en parlanjhe attirent régulièrement des publics qui ne sont pas nécessairement locuteurs mais qui s'intéressent à ce patrimoine culturel. La musique traditionnelle du Poitou et les chansons en parlanjhe constituent un vecteur important de diffusion de la langue auprès des nouvelles générations.Associations such as Graule (Groupement pour la revitalisation et l'usage de la langue et de l'ethnologie) and Arantèle have played an essential role in collecting oral testimonies, organising courses, publishing journals and promoting the language in public space. Bilingual French/parlanjhe signage initiatives have been implemented in several communes in Poitou, Vendée and Charente-Maritime, making the language visible to both residents and visitors. Music and theatre performances in parlanjhe regularly attract audiences who are not necessarily speakers but who are interested in this cultural heritage. The traditional music of Poitou and songs in parlanjhe constitute an important vehicle for transmitting the language to new generations.
L'écriture littéraire contemporaine en poitevin-saintongeais est modeste en volume mais réelle en qualité. Des poètes et prosateurs publient en parlanjhe, souvent avec traduction française en regard, touchant un lectorat à la fois local et régionaliste. Ces œuvres contribuent à démontrer que la langue est capable d'exprimer des réalités contemporaines et pas seulement la nostalgie d'un monde rural disparu. Le lien entre la langue et l'histoire du Poitou est souvent mis en avant par ces auteurs, qui voient dans le parlanjhe une mémoire vivante de siècles d'histoire locale, depuis les pratiques agricoles ancestrales jusqu'aux légendes comme celle de Mélusine.Contemporary literary writing in Poitevin-Saintongeais is modest in volume but genuine in quality. Poets and prose writers publish in parlanjhe, often with a facing French translation, reaching a readership that is both local and regionalist. These works contribute to demonstrating that the language is capable of expressing contemporary realities and not merely nostalgia for a vanished rural world. The link between the language and the history of Poitou is often emphasised by these authors, who see in the parlanjhe a living memory of centuries of local history, from ancestral agricultural practices to legends such as that of Mélusine.
Le parlanjhe et les autres expressions culturelles du PoitouThe parlanjhe and other cultural expressions of Poitou
La langue et la culture sont indissociables : le poitevin-saintongeais est le vecteur d'un ensemble de traditions orales, de croyances, de récits et de pratiques qui forment le socle de la culture populaire du Poitou. Les contes et légendes transmis en parlanjhe, dont la légende de Mélusine est l'exemple le plus célèbre et le plus littérairement élaboré, constituent un patrimoine immatériel irremplaçable. Les chants de travail, les berceuses, les formulettes enfantines et les devinettes que les anciens maraîchins chantaient en naviguant sur les canaux du Marais Poitevin sont autant de traces d'un monde sonore en partie disparu.Language and culture are inseparable: Poitevin-Saintongeais is the vehicle of a body of oral traditions, beliefs, narratives and practices that form the foundation of Poitevin popular culture. The tales and legends transmitted in parlanjhe — of which the legend of Mélusine is the most celebrated and the most literarily developed example — constitute an irreplaceable intangible heritage. The work songs, lullabies, children's rhymes and riddles that the old maraîchin people sang as they navigated the canals of the Marais Poitevin are traces of a sound world that has partly disappeared.
Le parlanjhe irrigue également les traditions populaires du Poitou à travers le vocabulaire des métiers artisanaux et agricoles. Les noms des outils de l'élevage, des techniques de construction en pierre locale, des variétés végétales et animales endémiques ou cultivées constituent un lexique ethnographique d'une grande richesse. La race du baudet du Poitou elle-même, âne à lourde robe caractéristique de la région, tire son nom d'un mot poitevin désignant l'âne. Cette continuité entre le nom d'une race animale et la langue régionale illustre l'entrelacement profond entre le parlanjhe et les pratiques matérielles et économiques du Poitou historique.The parlanjhe also irrigates the popular traditions of Poitou through the vocabulary of artisanal and agricultural trades. The names of livestock-farming tools, techniques for building in local stone, endemic or cultivated plant and animal varieties constitute an ethnographic lexicon of great richness. The baudet du Poitou breed itself — the heavy-coated donkey characteristic of the region — takes its name from a Poitevin word for donkey. This continuity between the name of an animal breed and the regional language illustrates the deep interweaving between the parlanjhe and the material and economic practices of historical Poitou.
Perspectives : quel avenir pour le poitevin-saintongeais ?Prospects: what future for Poitevin-Saintongeais?
La situation sociolinguistique du poitevin-saintongeais au début du XXIe siècle est caractéristique des langues régionales françaises en voie de marginalisation avancée : le nombre de locuteurs natifs — c'est-à-dire de personnes l'ayant acquis comme première langue dans l'enfance — est très faible et en diminution, essentiellement concentré dans les générations les plus âgées. En revanche, un nombre croissant de personnes, souvent jeunes, manifestent un intérêt pour la langue comme marqueur identitaire régional et objet d'étude, sans nécessairement viser une maîtrise de locuteur natif. Cette séparation entre locuteurs héritiers et apprenants militants est typique des langues en situation de revitalisation.The sociolinguistic situation of Poitevin-Saintongeais at the beginning of the twenty-first century is characteristic of French regional languages in an advanced state of marginalisation: the number of native speakers — that is, people who acquired it as their first language in childhood — is very small and declining, essentially concentrated in the oldest generations. On the other hand, a growing number of people, often young, are showing interest in the language as a regional identity marker and object of study, without necessarily aiming for native-speaker proficiency. This separation between heritage speakers and activist learners is typical of languages in a revitalisation situation.
Des initiatives pédagogiques existent : des cours du soir organisés par les associations, des stages intensifs, des publications destinées aux apprenants adultes, et dans quelques rares cas des cours optionnels ou extrascolaires à l'intention des enfants. L'inscription du poitevin-saintongeais dans le patrimoine culturel immatériel de la région constituerait une reconnaissance symbolique forte. Des initiatives numériques — enregistrements de locuteurs, dictionnaires en ligne, chaînes de médias sociaux — contribuent à rendre la langue accessible à un public dispersé géographiquement. La connexion avec d'autres langues d'oïl, dont certaines bénéficient d'une reconnaissance un peu plus établie, ouvre des perspectives de solidarité et d'échanges pédagogiques entre communautés linguistiques régionales de la France de l'Ouest.Pedagogical initiatives exist: evening classes organised by associations, intensive courses, publications aimed at adult learners, and in a few rare cases optional or extracurricular classes for children. The inscription of Poitevin-Saintongeais in the intangible cultural heritage of the region would constitute a strong symbolic recognition. Digital initiatives — recordings of speakers, online dictionaries, social media channels — help to make the language accessible to a geographically dispersed audience. The connection with other oïl languages, some of which enjoy slightly more established recognition, opens up prospects for solidarity and pedagogical exchanges among the regional linguistic communities of western France.
Questions fréquentesFrequently asked questions
Qu'est-ce que le poitevin-saintongeais et où était-il parlé ?What is Poitevin-Saintongeais and where was it spoken?
Le poitevin-saintongeais est une langue d'oïl, branche des langues romanes, historiquement parlée dans le Poitou, la Saintonge et l'Aunis — soit les actuels départements de la Vienne, des Deux-Sèvres, de la Vendée, de la Charente-Maritime et d'une partie de la Charente. Ses locuteurs l'appellent souvent le parlanjhe.Poitevin-Saintongeais is an oïl language, a branch of the Romance languages, historically spoken in Poitou, Saintonge and Aunis — covering the present-day departments of Vienne, Deux-Sèvres, Vendée, Charente-Maritime and part of Charente. Its speakers often call it the parlanjhe.
Le poitevin-saintongeais est-il encore parlé aujourd'hui ?Is Poitevin-Saintongeais still spoken today?
Il est encore parlé par un nombre restreint de locuteurs natifs, essentiellement dans les générations les plus âgées, et connaît des efforts de revitalisation menés par des associations, des cours d'adultes et des publications. Son influence persiste dans le français régional de l'Ouest sous forme de mots et d'accent.It is still spoken by a small number of native speakers, mainly among older generations, and is subject to revitalisation efforts led by associations, adult courses and publications. Its influence persists in the regional French of the West in the form of vocabulary and accent.
Que signifie le mot « parlanjhe » ?What does the word 'parlanjhe' mean?
Le mot parlanjhe est le terme poitevin-saintongeais lui-même pour désigner l'acte de parler ou la langue : il vient du verbe parler et désigne à la fois la langue et son usage. C'est le nom affectif que les locuteurs et les militants donnent au poitevin-saintongeais.The word parlanjhe is the Poitevin-Saintongeais term itself for the act of speaking or the language: it comes from the verb parler and denotes both the language and its use. It is the affectionate name that speakers and activists give to Poitevin-Saintongeais.
Quelle est la différence entre le poitevin et le saintongeais ?What is the difference between Poitevin and Saintongeais?
Le poitevin et le saintongeais sont deux sous-variétés de la même langue, le poitevin-saintongeais. Le poitevin est parlé principalement dans la Vienne et les Deux-Sèvres, le saintongeais dans la Charente-Maritime. Ils partagent un fonds commun important tout en présentant des différences phonologiques et lexicales. L'aunisien, parlé autour de La Rochelle, est souvent rattaché au saintongeais.Poitevin and Saintongeais are two sub-varieties of the same language, Poitevin-Saintongeais. Poitevin is spoken mainly in Vienne and Deux-Sèvres, Saintongeais in Charente-Maritime. They share a substantial common core while exhibiting phonological and lexical differences. Aunisian, spoken around La Rochelle, is often grouped with Saintongeais.
Comment le poitevin-saintongeais est-il lié à la légende de Mélusine ?How is Poitevin-Saintongeais linked to the legend of Mélusine?
La légende de Mélusine fut transmise oralement en milieu poitevin avant d'être mise par écrit en français à la fin du XIVe siècle. Les récits populaires sur Mélusine circulent dans le Poitou en parlanjhe, et le vocabulaire local — les noms de lieux, les termes de la vie quotidienne — porte les traces de cette culture orale dont le parlanjhe était le vecteur naturel.The legend of Mélusine was transmitted orally in Poitevin communities before being set down in French at the end of the fourteenth century. Popular stories about Mélusine circulate in Poitou in parlanjhe, and the local vocabulary — place names, everyday terms — bears traces of this oral culture of which the parlanjhe was the natural vehicle.
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La fée serpentine de Lusignan, transmise en langue parlanjhe avant d'être fixée dans les romans médiévaux de Jean d'Arras et de Coudrette.The serpent fairy of Lusignan, transmitted in parlanjhe before being fixed in the medieval romances of Jean d'Arras and Coudrette.
Lire →Read →Traditions populaires du PoitouPopular traditions of Poitou
Fêtes, costumes, musiques et savoir-faire de la région, dont le parlanjhe est l'un des vecteurs fondamentaux.Festivals, costumes, music and crafts of the region, of which parlanjhe is one of the fundamental vehicles.
Lire →Read →Le Marais PoitevinThe Marais Poitevin
Le territoire des maraîchins, dont le vocabulaire nautique et agricole spécifique est l'un des héritages les plus vivants du parlanjhe.The territory of the maraîchin people, whose specific nautical and agricultural vocabulary is one of the most living legacies of the parlanjhe.
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